Hôpital de Berrechid La cité abandonnée
Noura mounib Le : 2010-02-15
Cous d’imprévisibles averses, l’entrée de l’hôpital neuropsychiatrique de Berrechid s’enroule dans une quiétude étrange. L’apaisement des lieux est accentué par les étendues vertes à perte de vue qui longent cette grande bâtisse de l’époque coloniale. Construit en 1919, l’hôpital revêt une conception asilaire carcérale, avant-gardiste à l’époque. Verdures abandonnées, arbres délaissés et poteaux d’électricité en berne, le cadre laisse présager de mauvaises surprises. Alors que les branches s’engagent dans une symphonie avec le vent et qu’aucune trace humaine ne dérange cette ambiance angoissante, le seuil de l’administration apparaît. Le sinistre silence continue d’envelopper les lieux… Longtemps réputé pour sa négligence sanitaire et ses malades maltraités, l’hôpital neuropsychiatrique de Berrechid n’arrive toujours pas à se départir de cette mauvaise image malgré d’excellentes équipes soignantes. La consultation, l’hospitalisation et même les médicaments sont gratuits. Entre l’activité hospitalière et ambulatoire, les médecins et infirmiers de la place ne font pas les choses à moitié. Chaque jour, une moyenne de 25 à 30 patients par médecin vient pour des consultations normales. Il s’agit de malades stabilisés qui consultent pour des contrôles continus ou encore d’autres orientés par différents médecins de la région. L’hôpital accueille toutes les pathologies psychiatriques : des troubles obsessionnels compulsifs à la dépression dans toutes ses formes en passant par l’anxiété chronique. Pour l’activité hospitalière, il s’agit des urgences où l’on admet les psychotiques présentant de la schizophrénie, des troubles maniaco-dépressifs ou des dépressions graves suicidaires. Ce sont souvent des rechutes dues à l’arrêt des traitements une fois le malade stabilisé. «Le patient est accablé par la pression de l’entourage qui lui lance des «Tu ne comptes pas arrêter ces médicaments de fous à lier ?». C’est une autre preuve de stigmatisation des maladies psychiques» explique Youssef Mohi, psychiatre et directeur de l’hôpital neuropsychiatrique de Berrechid.